Janvier 2026

Quand tombe la neige, les enfants de tous âges se réjouissent et déjà glissent sur leur luge ou concoctent de grandioses boules de neige, tandis que d’autres râlent des empêchements et ralentissements que provoquent ces flocons sur leur efficacité et autres rendements capitalistes. Quand la neige s’en va, laissant derrière elle un peu de boue et beaucoup de vide, même les plus réfractaires ont comme une nostalgie au ventre, un air triste. Et l’enfant, alors que le paysage a repris son manteau gris et blanchâtre, demande encore à faire de la luge et des boules de neige, ne pouvant se résoudre à ce que cette parenthèse de joie s’en aille. Peut-être que la culture et l’ensemble des services publics ressemblent à cette neige réjouissante ou emmerdante quand elle pousse, affreusement manquante et nécessaire quand elle s’en va, laissant derrière ses portes closes les abcès de l’absence.

Dans une période où les attaques morales, idéologiques, politiques, budgétaires pleuvent contre les structures, usagers et équipes de tous les services publics, nous souhaitons clamer notre attachement à cette essentialité et notre volonté de porter haut ces biens collectifs aussi indispensables que l’air ou l’eau à nos organismes. 

Que ce soit les Roches Blanches à Douarnenez, le Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet, le Théâtre de l’Opprimé à Paris, le Cube à Hérisson et bien d’autres lieux, compagnies et initiatives issues de la société civile, la faux aiguisée des collectivités publiques et de l’État tranche sans état d’âme les feux de la création, les houles généreuses du collectif, l’énergie délicate du secteur indépendant, laissant dans son sillage des éclopés, des précaires, des sans-projets, des désunis, quand ce n’est pas le silence des morts. L’hécatombe n’est pas une fatalité !

Pour cette année nouvelle, laissons notre voix porter. Une voix qui soit aussi radicale que douce. Une voix qui ne transige pas avec les violences. Une voix qui cesse d’avoir peur de porter ses plaintes, d’exiger des réponses et des réparations. Une voix alternative et amoureuse. Une voix pop, crooneuse qui chante la révolution et la naïveté des sentiments. Une voix qui concilie les opposés, apaise, rêve, dialogue et débat dans un même élan. Une voix chorale, minoritaire de tous et toutes, une voix pour nous retrouver.

Matthieu Malgrange